A l'heure où les élections européennes approchent à grands pas dans une indifférence plutôt palpable en France, le chiffre de plus de 60% d'abstention est même
évoqué, Aulnay.Vrai invente le "tractomètre" et passe au crible les tracts des différents partis politiques, sans langue de bois.
L'UMP : "Quand l'Europe veut, l'Europe peut."
L'UMP doit se friser les moustaches. En effet, cette pléthore de listes, on compte pas moins de 27 listes en île de France par exemple pour un total de 161 listes
déposées au niveau national, lui assure une confortable avance dans les sondages. Crédité de 26% des intentions de vote, le parti de Nicolas Sarkozy devance d'environ 5 points le Parti
Socialiste.
Le slogan de l'UMP est assez basique, presque scolaire, "Quand l'Europe Veut, l'Europe Peut". Cela n'est pas sans rappeler le fameux quand on veut, on peut, que
tous les enfants du monde ont dû entendre au moins une fois dans la bouche de leurs parents.
Allons voir un peu à l'intérieur de quoi il retourne.
Cinq grandes idées se dégagent du tract :
1) La garantie des frontières actuelles de l'Europe.
C'est le pavé sécuritaire assez récurrent chez l'UMP. Il est question d'interdire les régularisations massives d'immigrés clandestins. De plus, la Turquie est
invitée à rester en dehors de l'Union Européenne. Si ce discours doit rassurer l'électeur de base, dont les certitudes vacillent devant la crise mondiale, il y a toujours quelque chose de
dérangeant à interdire, comme s'il fallait dresser un mur pour empêcher la misère d'entrer chez nous. Plutôt que de se pencher sur les causes, comme le maintien sans doute volontaire de zones
entières du monde dans le sous-développement et le frein serré à fond pour leur donner accès aux technologies qui leur permettraient de sortir de cet état, on applique un remède drastique, on
ferme la porte et puis c'est tout. Ce n'est certainement pas ce genre d'attitude qui dissuadera les personnes espérant trouver en Europe des conditions de vie meilleures, celles qu'il
conviendrait peut-être de leur donner localement, de tenter leur chance...
Loin d'être un phénomène français, on se souvient de la polémique hexagonale sur le délit de solidarité envers les sans-papiers, on s'aperçoit en regardant dans
quelques pays européens que cette tentation du sécuritaire à tout prix s'étend de manière uniforme. Récemment en visite en Espagne, Nicolas Sarkozy en a profité pour signer avec ce pays un accord
commun pour étendre la coopération policière des deux états en matière de la lutte contre l'ETA et les filières d'immigration clandestine. A l'initiative du ministre espagnol José Antonio Alonso,
ce sont même l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni qui sont sur le point de mettre en place des vols groupés d'expulsion.
Jouant la surenchère, l'Italie, pourtant déjà avant-gardiste en matière de contrôle des flux migratoires, la loi Bossi-Fini de 2002 a mis en place des quotas
d'accueil d'immigrés en fonction des besoins du marché du travail ainsi qu'un ficher d'empreintes génétiques pour les demandeurs de visas, est tentée, sous l'impulsion de la Ligue du Nord, parti
populiste qui participe actuellement à la coalition du gouvernement Berlusconi, de durcir encore ses positions face à l'immigration clandestine et
d'en faire un crime. Du reste, on constate chez nos voisins transalpins une recrudescence des violences contre les sans-papiers, notamment les Roms.
Ces faits préoccupants sont de nature à engager une réflexion à l'échelle européenne quant à la gestion de l'immigration clandestine et les restrictions des droits humains qu'elle
entraîne.
2) La défense des intérêts européens en matière commerciale, industrielle et agricole. Il s'agit d'assurer la préférence communautaire contre la concurrence
déloyale de certains pays. L'UMP insiste particulièrement sur la défense de nos usines, plutôt mises à mal ces temps-ci. Toujours cette idée de protection, de sécurité face à la mondialisation et
la compétition qui nous oppose notamment aux Etats-Unis, à la Chine et sans doute demain à l'Inde.
3) Le contrôle des marchés financiers.
L'Europe est censée pouvoir maîtriser les marchés financiers. C'est maintenant que la catastrophe est arrivée, que la spéculation financière a fait chanceler le
monde, que les entreprises dégraissent leurs effectifs faisant de cette crise financière une crise avant tout sociale, que l'on s'inquiète de réguler les marchés. Sans vouloir polémiquer, on a dû
mal à y croire et demandons à voir. En attendant on se demande à quoi ont servi les aides de l'Etat pour relancer l'économie, qui peine à repartir...
4) Une Europe Unie face aux défis de l'énergie.
Alors là on s'attend à de vastes mesures pour mettre en valeur les sources d'énergie renouvelables, solaire, éolien etc... mais en fait non. Il s'agit de créer une
centrale européenne d'achat du gaz. Le but est sans doute de sécuriser les approvisionnements en gaz des pays de l'Union Européenne un moment menacés suite au conflit opposant la Russie et
l'Ukraine en Janvier dernier en pleine vague de froid. Ce n'est pas une mauvaise idée, mais ne faudrait-il pas miser sur d'autres sources d'énergie? La question mérite d'être posée.
4) Une Europe culturelle.
Instauration d'une TVA à 5,5% sur les produits culturels. Au moment où l'accès à la culture est presque considéré comme gratuit via
internet notamment, voir la loi Hadopi qui est censée enrayer ce phénomène à force d'arsenal répressif, pas sûr que cette mesure s'avère efficace. A voir.
5) Puisque c'est dans l'air du temps, on ne peut éviter l'incontournable argumentaire
écologique. Le modèle économique et social de l'Europe doit s'orienter vers une nouvelle croissance verte fondée sur l'innovation. Grosso modo, on va tous terminer dans des usines à fabriquer des
éoliennes ou des véhicules propres et créer un paquet d'emplois grâce à ces nouvelles technologies. L'UMP évoque l'instauration d'une TVA à 5,5% sur les véhicules propres. On a dû mal à croire
que l'espèce humaine soit capable d'envoyer des hommes sur la lune mais incapable de généraliser l'usage de véhicules propres. Il doit y avoir quelque chose d'autre. Sans doute les lobbies
pétroliers, un modèle économique à repenser totalement, qui font que nous continuons désespérément à utiliser les énergies fossiles... jusqu'à leur disparition peut-être...
En résumé, on retrouve la rhétorique volontariste habituelle de l'UMP, faite de nous voulons, nous pouvons, c'est possible, présente lors de la dernière campagne
présidentielle. Un tract classique donc, avec certaines tournures plutôt vides de sens comme par exemple " c'est le moment de transformer l'Europe pour qu'elle ne soit plus l'alibi de tous nos
abandons ", on ne voit pas très bien ce que cela veut dire. L'UMP conclut qu'il faut changer l'Europe (ah bon l'Europe ça ne marche pas) pour mieux protéger les français. Un tract sans grande
originalité donc, mais un tract sécurisant dirons-nous.
Guillaume Leclerc
Derniers Commentaires